Ballerines ou Converses

Lectures

9782351640845 Bon, j’aimerais bien qu’un billet sur un bouquin suscite autant de rĂ©actions que celui sur les ballerines (et encore, vous n’avez pas vu le dĂ©bat facebookien), mais j’avoue : j’ai peu d’espoir.

Allez, on a qu’Ă  dire qu’on s’en fiche, et que je parle de ce que j’aime. Ca tombe bien, “Ne pas gĂŞner l’ouverture automatique des portes” de Bruno LĂ©andri, j’adore.

23 nouvelles aussi loufoques les unes que les autres, et Ă  chaque fois, juste après le point final, la mĂŞme pensĂ©e : “Putain, il est trop fort”. (Oui, je suis Ă©galement vulgaire quand je rĂ©flĂ©chis, une vieille tare.)

Les titres des nouvelles me font un peu penser aux Ă©pisodes de Friends (on a la culture qu’on peut) : The one who… LĂ , c’est une histoire : Histoire de l’homme qui fut tuĂ© Ă  coups de pelle en plein dĂ©sert. Histoire de l’archange qui faisait des expĂ©riences sur les humains. Histoire du chimiste qui devint aide-cuisinier dans un fast-food. Et ma prĂ©fĂ©rĂ©e : Histoire du cadeau que vous ĂŞtes fou fallait pas non vraiment fallait pas.

Chaque nouvelle fait environ 3 pages, ça se déguste comme un bonbon, se digère bien longtemps après la lecture, et moi je conseille, je conseille, je conseille.

“Ne pas gĂŞner l’ouverture automatique des portes”

Bruno Léandri

Editions Chiflet & Cie

174 p. - 15 €

J’aurais prĂ©fĂ©rĂ© vivre

Encore un roman de gare, avant de partir pour Genève, toujours le mĂŞme train et mon incompĂ©tence Ă  prĂ©parer un voyage correctement : je n’ai rien Ă  lire et fais des cartes bleues hallucinantes chez Relay.

Sur la quatrième de couverture, c’est Ă©crit “Cet ouvrage a reçu le prix Jean d’Ormesson”. Je n’ai aucune idĂ©e de ce qu’est ce prix, par contre le Jean, je visualise bien, et je l’aime pas mal, du coup j’achète.

Evidemment, si j’avais feuilletĂ© quelques pages, ça m’aurait Ă©vitĂ© quelques surprises. Par exemple le fait que l’histoire dĂ©bute par un suicide.

C’est pas qu’il commence Ă  y en avoir beaucoup autour de moi en ce moment, mais presque. Donc si je pouvais un peu penser Ă  autre chose, ce serait plutĂ´t pas mal.

Ce qui fait que je ne l’ai pas fini, le livre. Oh, j’ai quand mĂŞme tenu 150 pages, avant de vomir de malaise. C’Ă©tait pas franchement le moment, en fait.

J’aurais bien aimĂ© vous raconter un peu l’histoire, mais moi ce que j’aime dans les bouquins, ce sont les sensations qu’il me procure. Et comme je n’ai fait que vomir après ces fameuses 150 pages, je suis pas sĂ»re que mes sentiments vous intĂ©ressent tant que ça.

Vous n’auriez pas un Martine Ă  la plage ou un Bibliothèque verte Ă  me conseiller ?

Manuella - Philippe Labro

Prétextant que JE choisis ce que je me mets dans la tête, je ne lis pas les livres que l’on m’offre. Surtout quand on m’annonce : « Tu verras, c’est comme ce qu’il t’est arrivé il y a 5 ans ».

Pensez bien que ce bouquin partait sur un mauvais pied.

Sauf que quand même, parfois il faut savoir baisser les armes, ravaler son égo et admettre que oui, j’ai lu tous les Labro, dévorés même, et que ce serait idiot de laisser celui-ci prendre la poussière, juste parce que ce n’est pas moi qui l’ai acheté.

Manuella a passé un moment sur mon étagère avant de trouver grâce entre mes mains. J’avais besoin de ce temps d’attente pour être prête à redécouvrir l’angoisse du baccalauréat, les coups de fil aux copines et les tristesses de l’adolescence.

« Pas dans la norme », « hors statistiques », j’ai passé les 17 ans, bientôt 18, et toujours aucun garçon dans mon lit. Je pars en vacances avec les parents, comme tous les ans, au même endroit. Cette année, mon amie Daph’ va avoir un accident, mes épaules seront bronzées et mon cœur lourd. Jusqu’à ce garçon hors norme, lui aussi, tellement acteur qu’il en est insupportable, tellement menteur que mon objectif sera de le percer à jour. Tellement beau que peut-être, je redeviendrais amie avec les chiffres.

Avec le style précis et passionnant qu’on lui connaît, Philippe Labro conte ici le chemin d’une adolescente vers l’âge adulte, où la naïveté enfantine laisse place aux déceptions des grands. Seulement serait-ce possible de conjuguer les deux ? D’accorder nos violons et de crier, sur le tarmac d’un aéroport, en levant le bras bien haut et sans se retourner : Vogue la galère !?

Sa femme - Emmanuelle Bernheim

safemme.gifJe me souviens de ma pĂ©riode livres de femmes. J’aimais leurs faiblesses, leurs blessures, leur force aussi, de tout affronter : les hommes, les pères, le travail, la vie.

Cette histoire lĂ , c’est celle de Claire, de son appartement transformĂ© en cabinet, oĂą Thomas reste toujours une heure et quart, pas plus, pas moins. Le temps de goĂ»ter au corps brĂ»lant, de parler d’une femme qui est la sienne, de repartir sur la pointe des pieds. Et de recommencer toutes les semaines, pendant de longs mois.

Sur fond de vie banale de mĂ©decin de quartier, Emmanuelle Bernheim nous emmène dans les trĂ©fonds d’une histoire sans avenir, oĂą se mĂŞlent culpabilitĂ©, haine de soi, perte de toute estime, Ă  peine compensĂ©s par l’Ă©tourdissement d’un tel dĂ©sir.

ForcĂ©ment, on s’identifie. Pas que j’aie dĂ©jĂ  vĂ©cu cette situation, pas que je sois mĂ©decin Ă  la recherche de patients, seulement moi aussi j’ai Ă©tĂ© triste Ă  cause d’un homme attachĂ© ailleurs, moi aussi j’ai eu honte de mon comportement, moi aussi j’ai Ă©tĂ© perdue.

Récompensé par le prix Médicis en 1993, ce livre est doux, calme, distant même. Ecrit à la troisième personne, pour avoir moins mal.

Claire c’est moi, toi, elle.

Un cri d’amour au centre du monde - Kyoichi Katayama

Alors oui, c’est vrai, je ne lis normalement que des bouquins français. J’ai horreur des traductions, mais comme toute bonne règle qui se respecte, elle a ses exceptions…

Cette exception, c’est ce livre : Un cri d’amour au centre du monde, d’un auteur japonais au nom imprononçable, Kyoichi Katayama.

Véritable best seller au Japon lors de sa sortie en 2001, il a été illustré sous forme de manga, et vendu à près de 3 500 000 exemplaires dans le monde.

Pourquoi un tel succès ? Mais parce que l’histoire est belle, et malgrĂ© tout, malgrĂ© les horreurs du monde actuel, malgrĂ© les coups bas et les tristesses, malgrĂ© les livres d’insultes et d’ironie, la beautĂ© plaĂ®t toujours, et ça c’est plutĂ´t une bonne nouvelle.

Quand Aki et Sakutaro se rencontrent, ils sont adolescents. Peu Ă  peu l’amitiĂ© laisse place Ă  un amour profond et sincère, l’âge n’a plus d’importance et nos deux hĂ©ros des temps modernes rĂŞvent Ă  des contrĂ©es lointaines. Un voyage en Australie s’organise alors, mais c’est sans compter sur la maladie d’Aki : la belle est atteinte de leucĂ©mie, le voyage s’achève avant d’avoir commencĂ©, Sakutaro reste seul, seul dans son chagrin, seul avec son amour sur les bras.

Je me permets de vous dire qu’Aki disparaĂ®t, parce que ce n’est pas ça l’intrigue de l’histoire. La vraie beautĂ©, elle est dans la manière dont Sakutaro survit, dans sa souffrance et la maturitĂ© dont il fait preuve. Le jeune garçon part chercher des rĂ©ponses au plus profond des souvenirs familiaux, et trouve en son grand-père un confident idĂ©al.

A la fois puissant et pudique, chef d’oeuvre de poĂ©sie et de sensibilitĂ©, ce livre m’a bouleversĂ©e, je l’ai recommandĂ© Ă  tour de bras, et me demande comment j’ai fait pour ne pas encore en parler ici.

D’ailleurs, rien que le titre : Un cri d’amour au centre du monde, il est pas juste transcendental ?

Dans ces bras-lĂ  - Camille Laurens

danscesbrasla.jpgL’auteur a un nom aux consonnances américaines, je m’étais méfiée, je ne lis jamais de traduction, j’ai horreur de ça. J’ai besoin de retrouver des expressions bien françaises, ma France à moi, dans cette littérature hexagonale qui me fascine.

La couverture du Folio ne m’attirait pas, une vieille peinture, je ne suis pas fascinée par la peinture, et puis elle est sombre, et puis cette femme n’est pas belle ; seulement il y a ce titre : Dans ces bras-là.

La quatrième de couverture aussi, la première phrase : “Dans ces bras-là ne traite que d’un seul sujet, une idée fixe : les hommes.”

J’ouvre et tombe sur une mini biographie de l’auteur, elle est née à Dijon, elle est Française, j’oublie un instant la couv’ : il faut que j’achète ce livre.

“Ce serait un livre sur les hommes, sur l’amour des hommes : objets aimés, sujets aimants, ils formeraient l’objet et le sujet du livre. Les hommes en général, tous - ceux qui sont là sans que jamais l’on sache d’eux autre chose que leur sexe : ce sont des hommes, voilà tout ce qu’on peut en dire-, et des hommes en particulier, quelques uns. Ce serait un livre sur tous les hommes d’une femme, du premier au dernier -père, grand-père, fils, frère, ami, amant, mari, patron, collègue…, dans l’ordre ou le désordre de leur apparition dans sa vie, dans ce mouvement mystérieux de présence et d’oubli qui les fait changer à ses yeux, s’en aller, revenir, demeurer, devenir.”

Les hommes. Quel sujet ! Passionnant. Je regrette d’avoir été une femme en lisant ces lignes. J’aurais aimé être masculin pour mieux comprendre ce qui se passe dans le ventre des femmes face à nous, mais je suis fille, je ne fais qu’aquièscer au chemin chaotique et amoureux de l’héroïne. Car il y a toujours une histoire d’amour avec un homme : qu’il soit père, grand-père, fils, frère, ami, amant, mari, patron, collègue.

Je suis de ces femmes, que l’on déteste parfois, que l’on méprise souvent, où seul le regard de l’homme définit ce que nous sommes. J’ai besoin d’hommes autour de moi, peu de filles m’entourent, j’aime leurs failles et j’aime les séduire, mes amis garçons ont tous été, sans exception, une histoire d’amour à un moment donné. Une histoire qui a évolué, qui reste ambigüe souvent, mais sans laquelle je ne pourrais pas être si proche d’eux.

J’essaie d’être franche, directe, comme Anne-So dans son excellent article du jour, je le dis, je pense comme l’héroïne de Camille Laurens : “L’intérêt passionné qu’elle porte aux hommes, il faut qu’ils le lui rendent. Elle aime les hommes qui pensent aux femmes. Dès qu’elle arrive quelque part, où qu’elle aille, elle regarde s’il y a des hommes. C’est un réflexe, un automatisme, comme d’autres écoutent la météo : une façon d’anticiper le proche avenir, de savoir quel temps il va faire. L’attrait n’est pas d’abord physique, en tous cas pas nécessairement, même s’il le devient souvent .“

A ce soir - Laure Adler

S’il est vrai que mon premier coup de foudre littéraire fut Christian Bobin, j’en avais déjà écrit une bafouille ici, reprenons ici le cours normal des évènements…

Evidemment, sinon ce serait moins drôle, ce livre fait partie de ceux que je ne retrouve pas dans ma bibliothèque, on va donc essayer de faire ça à la mémoire.

Ca commence par trois mots, A ce soir, gravés au fond d’une montre, dont la buée de la salle de bains efface les détails. Celle des dix-sept années écoulées depuis la mort de son fils n’a pourtant pas fini d’achever la douleur. Rémi est encore un bébé quand il succombe à la maladie, face à des médecins impuissants qui utilisent toutes les métaphores possibles de montagnes à gravir pour redonner espoir aux parents. Malheureusement, les nuits à l’hôpital s’enchaînent alors que la fin du tunnel s’obscurcit de jour en jour.

On assiste à la douleur d’une mère, qui reste muette face à son compagnon, ou comment survivre à une telle épreuve, si individuelle mais qui se doit d’être vécue à deux. Le silence prend une part très importante dans cette histoire, de non-dits en hurlements, c’est le lien filial qui se déchire, en même temps que celui du couple.

Rester debout alors que tout s’effondre, sans fausse mélancolie, sans forcer l’émotion et avec beaucoup de sobriété, Laure Adler nous livre le pire, et pourtant on en ressort presque heureux de respirer, encore.

Embrassez-moi - Katherine Pancol

« - Vous êtes toutes pareilles ! Il faut donner, donner et je t’ai donné ce que j’avais de meilleur en moi, même si je n’y mettais pas les mots. Toi, tu réclamais les mots comme une comptable pointilleuse réclame une facture ! On ne m’avait pas appris les mots, enfant. L’amour allait de soi. Il ne fallait pas le souligner, le mettre en bouquet, en petits mots sucrés. J’ai appris l’amour avec ma mère. Elle donnait tout, toujours…et elle ne demandait jamais rien en échange. Elle se levait tôt le matin, partait au travail quand il faisait nuit encore, rentrait le soir, faisait la queue pour les courses, épluchait les pommes de terre, mettait la table, écoutait les problèmes de mon père, débarrassait, faisait la vaisselle, nous donnait le bain, faisait chauffer nos pyjamas dans le four pour qu’on n’ait pas froid, nous mettait au lit et allait se coucher, sans rien dire, jamais… Elle nous donnait toute la place, elle nous donnait toute sa force et je me disais, c’est ça aimer, c’est ça… je croyais que toutes les femmes seraient comme elle ! Et je ne suis tombé que sur des comptables ! Sur des filles en embuscade ! Et toi ! Toi, tu n’en avais jamais assez ! Jamais ! Tu réclamais toujours plus ! Tu faisais des listes de reproches que tu me détaillais en pointant toutes mes fautes.
Et moi, entre tes bras, j’étais quoi ? Un homme qui te baisait exactement comme tu voulais, comme tu le désirais sans oser le dire. Je te rendais si heureuse que tu t’abandonnais, que tu abandonnais ton corps et ta tête le temps d’une étreinte…Parce que tu te reprenais très vite après ! Tu me faisais payer cette suprématie au lit ! Tu te moquais de moi, de mon manque de culture, de mes airs lourdauds d’étranger qui ne savait pas manger le poisson avec le bon couvert, tu méprisais l’homme en short rouge ! Tu crois que j’ai oublié ? Je n’ai pas oublié…Ce jour-là quand je suis arrivé en short rouge et gros nu-pieds le regard que tu m’as jeté ! Je ne pouvais pas le croire ! Je m’y suis repris à deux fois avant de le croire ! Et je me disais c’est ça pour elle, l’amour ? Ressembler à une image ? A une photo de beau mec dans les journaux ? Ce jour-là, j’ai juré que tu ne m’aurais jamais ! Tu m’entends : jamais !
Il fallait que je ressemble à l’image de l’homme que tu te faisais. J’étais une image ! Une image que tu te payais ! Tu te faisais un immigré mal dégrossi pour sa science au lit ! Mais sitôt sortie du lit, tu me considérais avec toute ta morgue de femme affranchie, qui juge, qui décide de ce qui est bien ou non… il n’y avait qu’au lit que tu te taisais ! Qu’au lit que tu redevenais une petite fille qui m’attendrissait…Au lit tu n’étais pas libre… Mais dès que tu te levais ! Fallait te voir quand tu étais debout ! Fallait t’écouter ! Un avis sur tout ! Un jugement impitoyable !
Tu réclamais des mots d’amour et tu t’enfuyais devant un short rouge ! C’est de l’amour ça ? Non, c’est du désir…Du désir de petite fille gâtée, pourrie par la mise en scène du plaisir de votre sale société capitaliste !

Et alors…
Il y a eu un instant magique.
La vérité s’est posée sur moi.
Un bloc de lumière m’est tombé sur la tête et m’a remplie de grâce. Une évidence habillée d’une lumière blanche. Comme si un ange descendait du Ciel et venait me parler. Me dire cet homme-là t’aime, c’est ton homme. Il t’aime depuis le premier soir, il ne ment pas. Et toi tu n’as fait que le désirer, tu l’as utilisé, tu t’es servie de lui, tu t’es emparée de sa force au lit, de son intuition, de sa générosité à te faire revivre encore et encore cette vieille blessure dont tu te repais comme un animal qui lèche ses plaies. Tu t’es servie de lui alors qu’il t’aimait, qu’il voulait tout te donner, mais sans se perdre. Car cet homme possède ce qui te manque : il a la force en lui et c’est pour garder cette force qu’il s’est enfui…il t’aime, écoute ce que je te dis, il t’aime et c’est ton homme. Ne l’oublie pas ! Ne passe pas à côté de lui !
L’ange m’a souri, la lumière blanche a illuminé encore un instant le comptoir en bois, la verrière grise et sale, la pièce aux murs de géographie, puis l’ange a replié ses ailes et est reparti.
Un instant de grâce et de vérité.
J’ai tout faux, je me suis dit, j’ai tout faux…
J’ai eu tout faux avec Mathias, je n’ai rien compris. Tout faux avec Simon, tout faux avec les autres. Je réclamais de l’amour à grands cris et n’éprouvais que du désir, le désir de revivre sans fin cette ancienne blessure. Je cherchais un metteur en scène, je repoussais l’homme qui m’aimait, qui m’aurait aidée à grandir, à guérir. Je réclamais de la douleur encore et encore, cette vieille douleur devenue comme une amie, une complice qui m’enfermait dans mon passé, me gardait prisonnière en me donnant l’illusion d’être libre. J’ai vacillé sur mon haut tabouret. J’ai regardé les cartes de géographie sur les murs et je me suis dit que j’entrais dans un monde inconnu.
Tout ce silence dans sa tête, c’était donc ça : une grande méfiance envers ce qu’on appelle l’amour, le spectacle que je lui donnais de l’amour. Une grande méfiance envers moi qui réclamais de l’amour, mais lui donnais toutes les preuves que je ne l’aimais pas.
Pas vraiment.
Pas pour de bon.
Pas assez pour oublier le short rouge.”

Au secours, pardon - Frédéric Beigbeder

Ce bouquin c’est Au secours pardon, le dernier de notre Beigbeder national, sur lequel je louchais depuis sa sortie sans oser me l’offrir, fidèle à ma règle number one : Que des Poche.

Heureusement Maman et Belle-Maman ont vu juste, je l’ai eu en double…Bon ça aussi vous vous en fichez, l’histoire ? Vous voulez un bout d’histoire…

Bin c’est l’histoire d’un mec qu’est ex-publicitaire et accessoirement héros de 99F , et qui pour gagner du fric et se taper des gonzesses va s’installer à Moscou, à la recherche DU top model de demain. Y’a une phrase que j’ai beaucoup aimée : ” Messieurs, notre but est simple : que trois milliards de femmes aient envie de ressembler à la même”.

Moi qui passe ma vie à tenter de résister à ça… J’ai bien dit tenter.

Donc vous l’aurez compris, l’histoire se passe à Moscou, et jusqu’à environ 50 pages de la fin, c’est vachement bien. Même que ça parle pas trop de pédophilie ni de coke, du Beigbeder édulcoré, en quelque sorte.

Et alors à un moment, ça vire gravement, en l’espace de 3 phrases, on se retrouve propulsé dans un monde beaucoup plus sombre, il y a cette gamine, Lena, quatorze ans et plus d’étoiles du tout dans les yeux, ni de papillons dans le ventre, tout vu, tout bu, un amour malsain se lie entre le narrateur et cette Russe, et je me dis que quelque part j’ai dû grandir, finalement.

Quelques années auparavant j’avais tenté la lecture de Lolita de Nabokov, et dès que j’avais compris que sa nymphette avait 12 ans en fait des 20 que j’imaginais, j’avais tout simplement jeté le bouquin au fond de la chambre, sans jamais réussir à le ré-ouvrir. Je ne l’ai toujours pas fait.

Pas cette fois. Pourquoi ? Peut-être que depuis j’ai mieux compris les mots de Plamondon :

« On dirait qu’elle sort des jupes de sa maman, on croirait qu’elle n’a jamais eu d’amant. Mais méfiez-vous de la femme enfant, méfiez-vous de ses quatorze ans. »

Ou peut-être pas. Ou peut-être que j’ai capitulé.

Enfin, c’est un bon livre. On n’est pas d’accord sur tout, il n’est d’accord sur rien, et les mots sont choquants. J’adore les livres qui foutent des baffes.

J’Ă©tais derrière toi - Nicolas Fargues

Comme tous les romans de gare, je l’avais acheté sans vraiment y croire, trop pressée par les annonces de la dame dans le haut parleur, j’avais lu la première et la dernière phrase, j’avais vu que ça parlait d’un couple, ça tombait bien moi j’avais du boulot là-dessus, 5 euros et vogue la galère, ou roule la SNCF, je ne sais plus où je partais, ça parlait d’expats aussi, et j’avais trouvé la couverture sympa, et je m’étais dit qu’entre un Biba et un Cosmo, il trouverait parfaitement sa place.

J’avais juste omis de lire quelques extraits entre les deux couv’, j’avais juste oublié de me poser deux secondes, juste deux secondes, pour comprendre que je n’aurais pas dû acheter ce bouquin, pour ne pas me jeter dessus dès mon entrée dans le wagon.

Allez quoi, les 5, 6 premières pages ? Les premières ont été fatales et je me suis dit que vraiment j’ai un don pour m’attirer les bouquins massue dans les gares, de ceux que j’achète par dessus la jambe, en espérant simplement que ce ne soit pas trop nul. Des mots piochés ça et là, et j’ai l’impression que Nicolas Fargues (puisque c’est lui l’auteur) décrit mon couple dans cinq années, si je ne change rien, je me prend une claque en pleine face, et je fais comme si de rien n’était, et je continue le livre, et je dévore, et je pars en Afrique, en Italie et en Asie, et j’ai l’impression que je suis allée il y a deux semaines en Italie, en fait c’était il y a 3 ans.

Description lente et douloureuse de la ruine d’un couple, à coup de jalousie omniprésente, d’espoir qui fait mal, de “allez va c’est fini, tout ira bien, je redeviens tendre, viens dans mes bras…” et de “non vraiment ce n’est plus possible, je n’y arrive tout simplement plus”.

En fait, cela aurait été une grossière erreur de passer à côté de ce livre.

Ah, le titre ? Le même que celui de ma note. J’étais derrière toi… Si, si.

Un homme Ă  distance - Katherine Pancol

Double titre pour double bouquin, un auteur, vous reconnaissez ?

Katherine Pancol.

J’avais découvert cette auteur avec J’étais là avant, que j’avais tout simplement dévoré, au point d’en recopier des chapitres entiers sur mon ordinateur. C’était il y a 3 ans, je rencontrais tout juste Sylvain…

La semaine dernière, il va à la bibliothèque, se prend un tas de BD, mais se rappelle qu’il y a longtemps je lui avais parlé de K.Pancol. Il me ramène Un homme à distance.

Ces derniers temps, je passe ma vie dans des TGV qui sillonnent la France, j’ai donc tout le loisir de m’adonner à un loisir depuis bien trop longtemps laissé de côté : lire autre chose que des mags féminins.

Pas regretté. Roman épistolaire, j’avoue qu’au début, les quelques premières lettres échangées entre les deux protagonistes me laissent de marbre, un peu lent, mais on se prend vite au jeu, Fécamp, la mer, les romans, elle est libraire, il aime les livres, je veux changer de métier, écrire, ils s’écrivent, leur passion littéraire rejoint bientôt l’amoureuse, et si tout cela n’était qu’un vaste mensonge ?

Je vous le conseille, vraiment.

Chroniques de San Francisco - Armistead Maupin

Depuis environ longtemps, j’entends parler de ces Chroniques de San Francisco, auteur : Armistead Maupin (ou un nom dans le genre). C’est si bien, c’est fabuleux, quelle saga ! Même l’homme s’y met, et tiens donc, il a les 6 tomes à la maison. Ce serait quand même bête de passer à côté, il y a quelques semaines, je me lance.

Pas franchement passionnée par le truc, je lis le premier bouquin en dilettante, je l’oublie. Et puis ce soir, 30 stations de métro m’attendent, je reprends donc ma lecture.

Autant dire qu’après trois semaines sans en avoir lu une ligne, j’ai oublié toute l’histoire, je mets 50 pages à reconnaître les personnages, en gros, je nage.

100 pages plus tard, je n’accroche toujours pas à l’histoire (de gays, de cannabis, d’Amérique et de dîners mondains), et me promets à moi-même de rester fidèle à ma devise : Pas de traductions.

Soit la version originale, soit des bouquins français. Mais alors les Mary Ann, Mona, Peter et autres Michael, j’ai vraiment, vraiment du mal. L’histoire est confuse, les titres limites ridicules, les dialogues trop longs (on ne sait plus qui dit quoi), ça me gonfle.

Faut vite que je me trouve un bon bouquin bien français, avec une histoire qui se passe dans la Creuse ou la Lozère, où même à Paris, mais Maupin, c’est fini.

La femme Ă  venir - Christian Bobin

Il fait nuit, ça fait une heure que je tente désespérement de pondre quelques lignes (sans succès), j’ai trop chaud et quelques relans de fromage de chèvre enrobé à l’échalotte, mon esprit est en veille, mon imagination aussi.

Du coup je choisis ce soir de vous parler de mon bouquin à moi, le mien de moi, celui qui m’a donné le goût de la lecture, celui qui a imposé mes préférences littéraires, celui qui m’a enfin montré un semblant de chemin à suivre, un semblant d’idée d’un semblant de personnalité vers laquelle tendre, le livre que j’aimerais transmettre à mes amants, mes parents, mes enfants.

Le titre du livre, c’est La femme à venir. Toute une histoire. L’auteur, c’est Christian Bobin. J’écris son nom comme s’il m’était familier, comme s’il m’était proche. Et puis après tout oui, Albe, son héroïne, fait partie de la famille, si ce n’est de moi.

Suivi de la vie d’une enfant, puis d’une jeune femme au travers des étapes de la vie. Dans ses forces et ses faiblesses, dans ses amours et ses déceptions, avec toujours une infinie pudeur. L’auteur nous mène dans les profondeurs du doute, du silence, de la perte. Avec une beauté à couper le souffle, et quand on a le souffle coupé c’est souvent bon signe, non ?

Et puis ce n’est pas qu’une biographie ; à chaque phrase, à chaque page on trouve une pensée unique, une pensée pour continuer d’y croire. L’auteur nous ouvre les portes de son monde bien plus que celui d’Albe. Il nous ouvre les portes de ce qui pourrait être, et ne sera pas. En lisant ce livre c’est un questionnement que j’ai trouvé. J’y ai rencontré le rêve, et, paradoxe, je n’ai jamais autant été dans le réel; mais un réel bien difficile à assumer aujourd’hui.
“Il y a une méchanceté dans le coeur, si enfoncée qu’on ne pourrait l’enlever sans mourir aussitôt. On appelle ça le désir. C’est un des noms pour dire le sombre, comme le clair. C’est un nom qui dit le sombre dedans le clair. La pensée qui se fige, l’air qui s’alourdit. L’espace qui se ressere. Plus de place, sinon pour deux qui s’apprêtent à se dévorer l’un l’autre. Plus de place que pour un. Plus aucune place dans le monde, pour personne.”

“Albe, deux heures du matin. Allongée sur le lit, les couvertures relevées, les draps froissés. Toujours trop chaud même en plein hiver. Elle se lève, ouvre la fenêtre. Elle cherche une étoile dans le ciel. Elle en compte dix-sept, autant que son âge.

Éclat très sombre du violoncelle. Coup d’archet en travers du cœur. Maintenant les musiciens se lèvent, prennent les chaises sous leur bras et regagnent les coulisses. C’est l’adolescence, la fin du premier mouvement. La scène est vide. Les musiciens ne reviendront plus. La suite de la partition fait défaut : à toi d’inventer le mouvement suivant, l’adagio, l’amoureuse lenteur, le sacre immobile. A toi de l’écrire puis de le jouer, toute seule. Toute seule, comprends-tu. Toute. Seule. Devant toi, la terre promise : mariage, enfants, travail. Ce désert. Après quoi, silence. Vers la mort, très chère, nous allons. Tous. En dansant ou en boitant, en riant ou en geignant, peu importe, puisque c’est là que nous allons.

Dans la chambre à côté, le père ne dort pas. Il écoute le bruit des pas sur le plancher, cette fenêtre que l’on ferme, ces pensées que l’on ouvre. Albe va partir, c’est normal. Non, c’est cruel. C’est normalement cruel, voilà. Je bois trop, je fume trop, c’est normal aussi.”

Insecte - Claire Castillon

Une fois n’est pas coutume, les amis, j’ai envie de légéreté ! Les derniers posts, je l’avoue, n’ont pas été d’une joyeuseté intense, aussi je vous propose de relâcher un peu la pression, et d’aller voir ce qui se passe du côté des bouquins-qui-sont-biens.

Durant mes récentes lectures, un livre m’a particulièrement touchée : Insecte, de Claire Castillon. C’est un petit recueil de nouvelles qui traite de la relation mère-fille sous divers angles, et toujours de manière très juste. Les situations sont à la fois amusantes et attristantes, belles et tragiques. Point de vue de l’adolescente révoltée contre la vie ou la maladie, de la maman qui soupçonne, de la mère adolescente ou de la fille abandonnée, les avis divergent et puis finalement se retrouvent : Mazette ce que c’est compliqué…

Je vous conseille vivement la lecture de ce livre, oĂą vous retrouverez la jolie plume de Claire Castillon.

Et bien évidemment, je l’ai offert à ma maman ;-) !

Petit Ă©loge de l’excès - Caryl FĂ©rey

Petit éloge de l’excès, auteur Caryl Férey. Je ne saurais vous recommander mieux, et comme mes mots ne pèsent pas lourd à côté des siens, en voici quelques-uns :

“Une fille qui s’était résolue à vomir sa libido sur un fils à papa les poches pleines et la tête creuse, sorte de James Dean sans drame qui l’avait menée à l’est de nulle part…”

“Ce n’est pas moi qui crame c’est leurs corps qui cognent”

“Tomber raide Nietzche à Turin”

“(…) comme elle vient, comme elle vient, c’est bien joli la vie comme elle vient, sauf que coincé dans la gueule ça ne s’expulse pas à la volée (…)”

“Des larmes en sylex pour y foutre le feu.”

“Du désespoir en bloc opératoire”

“On parle d’amour. Il écoute un peu. Et puis on boit un coup…”

“Mon trip serait l’écriture, mon bruit celui de la musique.
A fond, on l’aura compris : autrement on entend rien de la vie.”

3 Commentaires

  1. flou November 5th, 2009 18:03

    c’est quoi ces com’s?
    moi je vais essayer de trouver le premier de la liste, pour commencer…le Bruno LĂ©andri…
    et si ça me plait je continuerai dans la liste… j’aime bien qu’on me conseille des livres… et pas qu’on me dise comment m’habiller…

  2. Marionfizz November 6th, 2009 09:21

    Oups ! Ces commentaires sont de gros spams !

  3. Cialis March 8th, 2010 19:10

    9F895Y Excellent article, I will take note. Many thanks for the story!

Laissez un commentaire !